SON PATRIMOINE: L'église, la croix Jean de Toutencourt, la chapelle du vieux cimetière, la motte féodale.


 
en montant vers l'église 



L'église

 

 

Plan et différentes périodes de construction.

 

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Située sur la partie la plus elevée du village, près de l'emplacement de l'ancien château, Toutencourt possède une magnifique église avec sa nef de quatre travées flanquée de bas-côtés le tout datant du XVIe siècle. Le choeur est du XVIIe siècle, le clocher est daté de 1721. A l'intérieur, en plus d'imposantes colonnes de grès qui supportent la voute, une fort belle grille en fer forgé sépare la nef du choeur. D'après Cardevaque, Elle serait l'oeuvre d'un enfant de MAILLY nommé CANDELIER.
 

 

grille du choeur


nef

Elle comprend deux parties dormantes et une porte centrale séparés par des pilastres. Les pilastre extrêmes sont surmontés de pots à feu; ceux qui accompagnent la porte ont chacun pour couronnement un écusson ovale tibré d'une couronne de marquis. Vers la nef, l'écu porte : écartelé, aux 1 et 4 fascé d'argent et d'azur, de six pièces, les fasces d'argent chargées de six fleurs de lis de gueules posées 3, 2 et 1, qui est de France d'Ezecques, aux 2 et 3, d'or à trois maillets de sinople,  qui est de Mailly. Vers le choeur, il porte: d'or à cinq cotices de gueules, qui est de Harchies. Chacun des deux écussons est accompagné de deux bannières en sautoir, l'une aux armes de France d'Hézecques, l'autre, d'argent à la croix de gueules, qui est de Bouchaut. Charles-Isabel-Désiré-Guilain de France, chevalier, comte d'Hézecques, héritier de la baronnie de Mailly et des privilèges de la branche aînée de cette illustre maison, après la mort de Louis, marquis de Mailly, son oncle, arrivé en 1774, avait épousé Berthine-Françoise-Josèphe de Harchies. C'est donc incontestablement à lui qu'il faut attribuer le don de cette superbe grille, qui fut peut-être son présent de bienvenue dans la seigneurie de Toutencourt qui lui était échue avec beaucoup d'autres par la même succession. *
* Extrait du livre: La Picardie historique et monumentale.

  On remarquera également sous la voûte les entraits, les poinçons et les sablières qui sont apparents. A l'extrémité des entraits, des têtes de monstres marins sculptées, de la gueule desquelles la poutre semble sortir sont du plus bel effet.
 Tout le mobilier: confessionnaux et chaire de vérité en chêne sculpté ainsi que les bancs à balustres sont du XVIIIe siècle
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écusson France d'Hézecques - de Mailly


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La croix


Sur la place, la croix Jean de Toutencourt



 

LA CROIX DE JEAN DE TOUTENCOURT

Inscrite au répertoire des monuments historiques en date du 28 novembre 1947

Colonne de grès surmontée d'une croix grecque d'une hauteur totale de plus de 3 mètres, une tradition se rattache à cette croix.
Vers 1470/1475 Louis XI ( 1423-1483) fils de Charles VII et de Marie d'Anjou, est roi de France. Il est toutefois en lutte pour le pouvoir avec Charles le Téméraire (qui devint duc de Bourgogne), allié à l'Angleterre. Ce dernier est d'ailleurs passé à Toutencourt en février 1470, avant de se diriger vers Picquigny qu'il brûle entièrement.


En 1472 une trêve est signée mais les hostilités reprennent en 1474. Louis XI prend alors l'avantage, fait saccager ; Mondidier, Roye, Corbie et brûle quantité de villages entre Abbeville et Arras. Il rase le château du village, en représailles contre Jean de Toutencourt  seigneur du lieu, qui l'avait trahi en soutenant Charles le Téméraire.

On dit alors qu'il fit écarteler son vassal sur la place d'Amiens ( on ajoute même que ses fils furent arrosés de son sang, mais cela est sûrement une légende). En souvenir de cette exécution, quatre croix furent érigées au chef-lieu des terres appartenant au seigneur supplicié. A savoir : Acheux, Varennes, Forceville et Toutencourt. Seule cette dernière à subsistée.


Toutencourt Mémoire & Culture.         


           

 détail du montage de la croix         

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La chapelle dans l'ancien cimetière
 

Nombre de nos villages picards possédaient ces petits édifices. Beaucoup ont disparu, victimes des années, des intempéries et parfois des œuvres des hommes.

Témoins d'une foi religieuse importante, ils étaient l'objet de processions, d'une ultime présentation des corps avant l'enterrement, ou tout simplement de la prière d'un paroissien, venu se recueillir sur la tombe de ses proches et ancêtres. Au même titre que le clocher du village, la mairie ou l'école, ils faisaient partie du paysage familier des générations passées.


Toutencourt a la chance d'avoir conservé sa chapelle. Peut-être que ses robustes murs en pierres l'ont préservé, depuis plus de 350 ans, et lui ont permis de parvenir jusqu'à nous. Peut-être que le tilleul séculaire planté à sa porte l'a protégé de ses grands bras feuillus. Peut-être qu' inconsciemment le lieu ait été plus respecté qu'on ne le pense.  

En dehors de l'aspect religieux du lieu, c'est aussi notre mémoire collective qu'il faut évoquer ici. Les pierres bavardent. Surgies du passé, des inscriptions nous interpellent :  Jean CHOQUET 1776 ; Nicolas CHOQUET Moyo 1780, Celestin LONGUET 1799, FISSEUX garde bois à Hérissart 1807, BOULANGER garde à Lou...brave garçon. Ces sillons creusés par des mains malhabiles, malgré la dégradation de la pierre qu'elles ont engendrée, ont quelque chose d'émouvant.

On pense alors à ces milliers de pas qui ont foulé le sol de briques, ces pleurs, ces chuchotements, ces rires aussi qui ont pu  hanter les lieux, sans compter quelques serments peut-être  échangés entre deux baisers. Dieu, dans sa maison accueille et comprend.

Quoi de plus naturel que de vouloir transmettre l'héritage de nos aïeux !  Pour préserver quelques pierres ? Pour garder la mémoire des anciens ? Pas seulement ! Mais aussi pour prolonger... une chaîne, qui, par-delà le grand sommeil, sans fin, relie les générations les unes aux autres. Comme le dit fort justement l'Académicien Jean d'ORMESSON : ‘' l'avenir sans le passé est aveugle, le passé sans l'avenir est stérile.''  

                  

Alain DEMAILLY.

Président de Toutencourt Mémoire & Culture.

 

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HISTORIQUE DE LA CHAPELLE. 

 Petit édifice de pierre blanche, isolé aujourd'hui dans le cimetière du village, la chapelle de Toutencourt ne semble au premier regard qu'un humble édifice cultuel comme il en était  de nombreux en Picardie rurale. Elle n'en demeure pas moins un précieux exemple du patrimoine architectural religieux de notre région .

 Les documents manquent pour en faire un historique précis. On sait seulement qu'elle fut fondée en 1648 par l'évêque d'Amiens LEFEBVRE-CAUMARTIN. Certains supposent qu'elle fut érigée en action de grâces après les terribles guerres franco-espagnoles qui dévastèrent une bonne partie de notre région et dont Toutencourt paya un lourd tribut avec la destruction du village en septembre 1635 par les mercenaires croates du comte de FREZIN


Il est à peu près certain qu'elle fut à l'origine consacrée à la vierge, comme d'ailleurs beaucoup de chapelles de cimetières. D'ailleurs, jusque dans les  années 1920, on s'y rendait en procession chaque 15 août, fête de l'Assomption.


Construction traditionnelle de nos cimetières, la chapelle rappelait à l'origine la pérennité de l'Eglise en un lieu voué au culte des morts. Ainsi il arrivait qu'après la cérémonie funèbre à l'église, on fasse une présentation du corps dans la chapelle avant son inhumation dans une sépulture proche. En cas d'exhumation, on plaçait le cercueil dans la chapelle pendant la durée des travaux au caveau familial.


Peu de chapelles du XVIIe siècle subsistent. Beaucoup ont succombé aux affres du temps et au désintérêt. Celle de Toutencourt a bien failli , elle aussi disparaître. En 1878, M. de CARDEVACQUE, visitant les églises du canton d'Acheux, indique que bien qu'un journal de terre ait été affecté à son entretien, elle tombe en ruines.
 

La chapelle du cimetière

En 1901, la municipalité procède au remplacement du chaume par une toiture d'ardoises. L'élargissement du cimetière à une parcelle voisine et les attaques inexorables des temps conduisent peu à peu à son quasi abandon. En 1936, un visiteur parle « de sa triste figure  ». Les murs cèdent à leur tour. Aucun culte n'y est plus célébré. Tout juste lui trouve-t-on quelques utilités plus prosaïques. On y dépose les croix abandonnées lors du transfert du cimetière et le cantonnier communal y entrepose pelles et brouettes. Vers 1960, la chapelle, si elle semble vouée à l'oubli, n'en attire pas moins un visiteur indélicat qui y dérobe une vieille statue polychrome de la Vierge.


Cependant en 1980 se crée l'Association pour la conservation des sites et monuments de Toutencourt qui se donne pour vocation essentielle la restauration de la chapelle. Une équipe de bénévoles remonte pierre à pierre le mur sud effondré. En 1981 cette association obtient pour son initiative un prix lors d'un concours organisé par le Ministère de la Culture. Plus récemment, une autre association,  Toutencourt Mémoire & Culture, décide de monter un dossier avec la municipalité pour une rénovation de la chapelle et des abords.


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Actuellement elle reçoit la visite de quelques habitants du village, de quelques escapades enfantines et depuis l'été dernier, d'un couple de hiboux qui a nidifié en toute quiétude. Au-delà de sa vocation purement religieuse et cultuelle, la chapelle mérite ces efforts pour sa sauvegarde tant elle représente depuis trois siècles et demi tout un pan précieux de la mémoire de Toutencourt. Mémoire gravée sur ses pierres par les habitants à travers quelques dates et patronymes ancestraux. 



Interieur de la chapelle, vue d'ensemble 

 

Aujourd'hui, la chapelle du cimetière dresse toujours, vaille que vaille, ses vieux murs blancs dans le ciel toutencourtois, mais beaucoup d'anciens du village y associent toujours en mémoire l'imposante silhouette de son vieux et indissociable compagnon :''ch'cayer''.


René TABART.
 

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Une motte castrale:l'ancien château des seigneurs de Toutencourt.

Des détails sur les travaux entrepris sur ce site depuis 2003, dans la rubrique :motte féodale.


Cet article s'inscrit dans le prolongement des recherches menées depuis de nombreuses années par l'association Toutencourt Mémoire & Culture, présidée par
Alain Demailly.


Les fossés

 

Quelques découvertes archéologiques lointaines ou plus récentes, d'archéologie aérienne, témoignent d'une occupation fort ancienne du territoire de l'actuelle commune de Toutencourt, notamment aux époques gauloise et gallo-romaine.

Le site de l'ancien château de Toutencourt, à peu près millénaire, bien ancré dans la mémoire collective du village, est remarquablement situé contre un bois d'une centaine d'hectares, sur le rebord d'un plateau, proche de l'église Saint-Léger, offrant un superbe et large panorama sur le village et la campagne alentour.

Une des premières descriptions est due au docteur Alexis Quillart, premier historien du village (1), dans un texte établi vers 1906 : " mondiale, les Allemands avaient fait dégager son accès afin de s'en servir comme abri. Ils avaient aussi fait aménager des alvéoles sur les flancs du château et de son fossé pour y loger des camions et divers matériels. La légende rapporte qu'un souterrain doit relier cet ancien château à l'église".

Une enquête sur les souterrains réalisée en 1944 porte la brève description suivante : "Toutencourt. Emplacement du château fort à l'ouest de l'église su le bord du bois. Cave en pierre avec escalier. Niche dans le mur du fond avec cachette 12 m sur 5 m. Escalier 40 marches environ".  Cette description est accompagnée de deux relevés sommaires (2).


Durant l'été 19Vestiges du mur76, un groupe de jeunes Toutencourtois, attirés comme leurs aînés par la légende entourant ce site, entreprennent de dégager un des contreforts à l'ouest du château. Ils font apparaître un beau contrefort appareillé en grès taillé dont je fis alors - heureusement - une photographie car dans les temps qui suivirent, des personnes peu scrupuleuses s'emparèrent de ces belles pierres taillées dont la maçonnerie n'avait pas été consolidée...
Aujourd'hui, le site de l'ancien château de Toutencourt présente donc la forme d'une motte castrale dont la partie supérieure a un diamètre d'environ quarante mètres, entourée d'un fossé circulaire qui, contre le bois, doit compter environ huit mètres de profondeur. Au sommet de cette motte, cour de cet ancien château fort, on découvre l'accès effondré de la chambre souterraine, un conduit d'aération de cette dernière, et enfin l'ouverture maçonnée d'un puits large et profond


Quels furent les bâtisseurs de ce château ? à quelle époque lointaine fut-il construit ? Autant de questions pour les historiens ! Nous pouvons sans doute  avancer qu'il fut l'œuvre, selon toute vraisemblance, des seigneurs de Toutencourt.


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Les   Seigneurs de Toutencourt


En se reportant aux travaux d'Alexis Quillart, le nom de Toutencourt apparaît pour la première fois dans une charte datée de 1113 de Geoffroy, évêque d'Amiens. Le premier seigneur de Toutencourt qui nous soit connu est Adam de Toutencourt, approuvant en 1226 une vente de la dîme de Contay au profit du chapitre de Fouilloy. Plus tard, Robert puis Henri de Toutencourt confirment ces donations. Un sceau d'Henri de Toutencourt, de 1290,  est également cité par Alexis Quillart.

Quelques décennies plus tard, un seigneur de Toutencourt et ses deux écuyers meurent en 1340 à la bataille de Saint-Omer.

Enfin, pendant la guerre qui oppose Louis XI à Charles le Téméraire, le Duc de Bourgogne campe en février 1470 à Toutencourt avant de se diriger vers Picquigny.  à la fin des hostilités, Louis XI fait brûler et raser le château de Toutencourt, car le seigneur du lieu avait soutenu


Charles le Téméraire.  Il fut condamné à être écartelé sur la place d'Amiens.

Durant l'Ancien Régime, la seigneurie passe ensuite aux familles Blondel de Joigny, de Bournonville (1510) (3), d'Ailly, Monchy de Montcavrel (1610), de Mailly (1630), de France d'Hezecques (XVIIIe) et de Louverval. L'un de ces seigneurs, Jean Monchy de Montcavrel, s'occupait en octobre 1623 "de faire bâtir et rétablir les ruines du château de Toutencourt".

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Un premier plan du château


Les événements de la Révolution française nous apporteront quelques renseignements. Le 4 novembre 1792, à 11 heures, à l'issue de la messe paroissiale, Antoine Leclerq, administrateur du district de Doullens, accompagné des citoyens Nicolas Turmine, Charles Fafet, et Pierre Fafet, officiers municipaux nommés par la municipalité de Toutencourt, se transportent "dans la maison du ci-devant comte de Louverval, ci-devant seigneur dudit Toutencourt, émigré pour poser les scellés sur les meubles et effets lui appartenant". Ils y sont reçus par Adrien Choquet, garde de bois et de chasse. "Ne s'étant trouvé aucun meuble ni effets", l'administrateur et les officiers toutencourtois l'engagent à "fermer la porte principale d'entrée, d'en garder la clef... de la présenter à toutes réquisitions". Adrien Choquet ajoute qu'il existe "une grange champartresse dans laquelle il se trouve un peu de foin, de fourrage et de grains récoltés avant la promulgation du décret sur l'abolition définitive des droits féodaux..." (5).

Selon toute vraisemblance, la maison visitée par les représentants du Nouveau Régime devait se trouver dans la cour basse dont il sera question plus loin. En effet, le château rasé à la fin du XVe siècle ne fut jamais reconstruit. Il y eut bien ce projet de 1623 mais qui n'aboutit pas. En voyant la démarche des autorités révolutionnaires du 4 novembre 1792, où situer cette maison du ci-devant comte de Louverval sinon dans la cour basse ? L'on peut peut-être penser que le seigneur de Toutencourt avait, en cas de besoin, en visitant ses terres ou en venant chasser dans le bois voisin par exemple, la possibilité d'un séjour bref et rustique dans une des dépendances de la cour basse, sorte de relais de chasse !

 

 
Un premier plan du château.

Une pièce d'archive de l'an 6 (1798) trouvée aux archives départementales de la Somme lors de recherches menées en 1975, nous apporte le premier plan connu des parcelles du château relevé par Jean-Baptiste expert à Toutencourt. Ce plan très sommaire mais précieux, accompagne une estimation en revenu et en capital des biens de l'émigré Louverval, dréssée le 15 nivôse en 6. L'estimation est faite par Jean-Baptiste Gosselin de Vauchelles les Authie, expert nommé par l'administrateur du département, au terme de quatre jours d'expertise. Elle nous apporte une description intéressante dont voici quelques extraits.

"(Nous) avons examiné l'état de l'emplacement du ci-devant château de Toutencourt...et fait mesurer les terrains qui en dépendent, divisés en deux parties d'après le plan visuel que nous en avons fait faire et qui se trouve ci-joint.

Il résulte que la première partie où était autrefois bâtie le ci-devant château contient cent quatre vingt neuf verges et demie, en y comprenant le fossé qui l'entoure en grande partie, et à partir de quatre pieds au dessus de la crête dudit fossé, planté en partie en bois et broussailles et en arbres montants et fruitiers, tenant d'un côté au midi au Bois de Toutencourt, d'autre côté au Nord à la seconde partie dont il sera parlé ci-après, d'un bout au levant à la grande allée du bois, d'autre bout au couchant à Joseph Briault, sommes d'avis que cette première partie de l'emplacement du ci-devant château valait en mil sept cent quatre vingt dix en revenu annuel y compris les haies vives qui en font partie la somme de vingt six livres.

Lequel revenu multiplié quinze fois d'après la loi donne en capital la somme de trois cent quatre vingt dix livres.

Plus soixante deux arbres montants de différentes espèces, tant moyens que petits, existant et croissant sur le dit emplacement du ci-devant château, estimés en superficie et en capital à la somme de cent livres.

Plus dix arbres à fruits tant pommiers, poiriers, pruniers, que cerisiers estimés aussi en superficie et en capital à la somme de douze livres.

Que la seconde partie de l'emplacement du ci-devant château, vulgairement appelé la basse cour, contient trente trois verges un quart amassé d'une grange et d'étables... sommes d'avis que ces trente trois verges un quart valaient en mil sept cent quatre vingt dix en revenu annuel y compris les haies vives qui les entourent en partie la somme de onze livres.

Lequel revenu multiplié quinze fois d'après la loi donne en capital la somme de cent soixante cinq livres.

Plus une grange de quatre vingt dix pieds de longueur, sur vingt huit pieds de largeur, construite sur les dites trente trois verges un quart, en grès et pierres, couverte en paille estimé en superficie et en capital à la somme de cinq cent livres. Plus trente pieds de bâtiments sur quinze pieds de largeur... bâtie sur les trente trois verges un quart et de masure, aussi estimé en superficie et en capital à la somme de soixante livres.

Joseph Graux meunier demeurant au dit Toutencourt s'est présenté lors de notre estimation de ces trente pieds de bâtiments et les réclame comme les lui appartenant attendu dit-il qu'ils ont été construits par feu son père et à ses dépens en vertu d'ordre verbal a lui donné par le ci devant marquis de Mailly alors propriétaire de ce terrain" (6).


à cette liste s'ajoutent d'autres biens, hors de notre propos, dont un moulin à vent. Comme on le voit sur la reproduction ci-contre, deux parcelles constituent donc l'étendue de l'ancien château : l'une nommée "Vestige du ci-devant château" d'une contenance de 189 verges et demie, l'autre nommée dans l'acte "la basse cour" d'une contenance de 33 verges un quart. Nous sommes, à la fin du XVIIIe siècle, devant la survivance du dispositif médiéval : le château lui-même avec sa cour, jadis lieu de résidence du seigneur, et en contrebas une cour basse avec écuries, étables et granges. La grange au nord de cette basse cour longe la rue alors appelée "rue Jean Saguier", actuelle rue Bourbon.

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Acquisition


Au moment où Toutencourt Mémoire & Culture faisait paraître en 2000 le livre Toutencourt au XXe siècle : un village picard et lançait le projet de la rénovation de la chapelle du cimetière (XVIIe siècle), avec Alain Demailly, président de l'association, nous prenions les premiers contacts avec Madame Daniel Méheut, alors  propriétaire du site de l'ancien château.

Jusqu'en 2004, des entrevues régulières eurent lieu avec Madame Méheut qui se montra sensible  à l'intérêt patrimonial et culturel de cette parcelle. Le 21 août 2004, Mme Méheut fit une proposition de vente de l'ancien château (66 ares 85 ca cadastrés H 464) à la commune de Toutencourt. L'acte de vente fut signé en début d'été 2005.

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Un village construit autour de son château
 

plan du village

Une observation attentive des plans cadastraux, des cartes IGN, des photographies aériennes de la commune de Toutencourt est enrichissante.

Le site du château, point culminant du village à environ 98 mètres d'altitude, domine d'une vingtaine de mètres une petite vallée où un fossé, orienté nord-ouest sud-est, entraîne les eaux pluviales vers l'Hallue, affluent de la Somme. Lors de pluies importantes, les abords du fossé étaient une zone inondée participant au système naturel de défense du château. Le village s'est essentiellement construit entre la motte féodale et ce fossé. La rue principale, rue de la chaussée ou rue de l'église, monte en ligne droite de la place, en bordure du fossé, vers l'église, ancienne chapelle castrale, et vers le château construit à l'ouest de celle-ci. Les tracés des rues principales apparaissent en arcs de cercle, tracés à partir de la motte castrale, sans doute comme la survivance d'anciens systèmes de défense de ce premier château fort.

La toponymie méritera d'être étudiée attentivement. L'actuelle rue du Four à banc rappelle sans doute l'ancien four banal.
 

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Mise en valeur

Le 28 juillet 2005, une journée Découverte du château de Toutencourt a été organisée à l'initiative de Toutencourt Mémoire & Culture. Une visite du site suivie d'une table ronde a rassemblé 80 personnes autour de M. Jean-Luc Collart, conservateur régional de l'archéologie (D.R.A.C. - Picardie), de M. Philippe Racinet, professeur d'histoire et d'archéologie médiévale à l'Université de Picardie et directeur du Laboratoire d'archéologie et d'histoire, et de M. Jean-Paul Nigaut, maire de Toutencourt et conseiller général

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. "La motte féodale de Toutencourt est un beau site médiéval, près d'une très belle église, dans un site naturel remarquable. Nous n'avons pas de site de ce type, mis en valeur en Picardie" soulignait en fin de journée Jean-Luc Collart.

Un Comité de pilotage a été mis en place, rassemblant des représentants de la commune et de l'association, afin de conduire une réflexion visant à la mise en valeur du château fort de Toutencourt. La première contribution à ce projet sera apportée par l'Université de Picardie dont un jeune doctorant, M. Richard Jonvel, dressera dans l'année à venir un relevé topographique et une première étude documentaire.

Cette motte féodale, ancien château des seigneurs de Toutencourt, occupe naturellement une position stratégique, demeurée symbolique dans la mémoire collective des Toutencourtois. Réaménagé après d'éventuelles fouilles, ce site offrira aux habitants, et plus largement aux Picards, un bel exemple des châteaux de l'an mil et un très beau panorama sur un village de l'Amiénois et sur la plaine. 

                                               Loïc-René Vilbert

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Notes :

 (1) On lira dans le livre Toutencourt au XXe siècle : un village picard (Toutencourt Mémoire & Culture, 2000) la Notice sur Toutencourt et ses seigneurs du docteur Alexis Quillart (1836-1926).

(2) Tapuscrit d'une enquête sur les souterrains réalisée en 1944 et conservé aux Archives départementales de la Somme.

(3) Cf. A. de Rosny, Vente de la seigneurie de Toutencourt : 18 mai 1510 in "Bulletin de la Société d'Emulation d'Abbeville", 1899.

(4) Cf.  La croix de Jean de Toutencourt page 65 du livre Toutencourt au XXe siècle : un village picard. Cette minute est conservée aux Archives départementales de la Somme, L2030. Afin d'en faciliter la lecture, une orthographe actuelle a été retenue pour la transcription de cette pièce d'archive.



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